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La neige n’est jamais un simple décor blanc. Pour un skieur de randonnée, un raquettiste ou un alpiniste, elle raconte l’histoire des dernières heures : chute récente, vent, redoux, regel nocturne, orientation de la pente, passage d’autres pratiquants. Savoir reconnaître les types de neige permet de choisir son itinéraire, d’adapter sa technique et surtout d’évaluer la dangerosité neige avant de s’engager. Une belle pente vierge peut être un terrain de jeu magnifique ou un piège silencieux.
Sur le terrain, la différence entre neige poudreuse, neige humide, neige dure ou neige croûtée se lit avec les yeux, les skis, les bâtons et parfois les oreilles. Un “whumpf”, une fissure qui file sous les pieds, une plaque lisse sous le vent ou une surface regelée comme du verre sont des messages clairs. Le bon réflexe consiste à relier ces indices au bulletin avalanche, à la pente et à son propre niveau. En montagne hivernale, la meilleure décision est souvent celle que l’on prend avant d’être dans le passage délicat.
En bref
Reconnaître les types de neige commence par une observation simple : que s’est-il passé depuis la dernière chute ? Une neige qui vient de tomber sans vent n’a pas le même comportement qu’une neige brassée par une tempête, chauffée par le soleil ou durcie par une nuit claire. Le manteau neigeux est un empilement de couches. Chacune possède sa texture, sa cohésion et sa capacité à tenir sur la pente.
Imaginons Léa, randonneuse intermédiaire, qui part avec deux amis dans un vallon des Alpes après 25 centimètres de neige tombés la veille. Au parking, la neige est légère, froide, agréable sous les chaussures. Plus haut, près d’un col, le vent a formé des vaguelettes et des zones lisses. Ce n’est déjà plus la même matière. En bas, elle parle de poudreuse. En haut, elle doit penser “plaque possible”. La montagne a changé de langage en quelques centaines de mètres de dénivelé.
La neige poudreuse désigne une neige froide, sèche, peu transformée, tombée sans action marquée du vent ou du soleil. Elle ne colle pas bien entre les mains. On ne fabrique pas facilement un bonhomme de neige avec elle. À ski, elle donne cette sensation de flottement recherchée, surtout quand l’épaisseur reste raisonnable, autour de 20 à 30 centimètres, sur un fond régulier.
Pourtant, toute neige dans laquelle le ski s’enfonce n’est pas forcément de la poudreuse parfaite. On parle souvent de neige meuble pour désigner une couche froide et non compactée. Elle peut être légère, dense, profonde ou déjà un peu travaillée. La nuance compte, car une neige meuble profonde demande plus d’effort à la montée et plus de technique à la descente. Elle peut aussi partir en coulée dans un couloir raide.
La vraie poudreuse est souvent plus stable lorsqu’elle est homogène, tombée sans vent, et posée sur une sous-couche régulière. Mais ces conditions idéales sont rares. Si elle repose sur une vieille surface dure, sur du givre de surface ou sur des grains fragiles, elle peut glisser comme un tapis posé sur du carrelage. Voilà pourquoi une pente vierge et esthétique ne suffit jamais à garantir la sécurité.
La neige transformée apparaît après plusieurs cycles de dégel et de regel. Le jour, le soleil chauffe la surface. La nuit, si le ciel est clair et l’air froid, l’eau regèle. Les cristaux initiaux deviennent des grains ronds, soudés entre eux. Au petit matin, cette surface peut être très dure. Vers la fin de matinée, elle ramollit sur quelques centimètres. C’est le moment recherché par les skieurs de randonnée au printemps.
Une neige transformée “à point” ressemble à une piste damée légèrement revenue. Le ski accroche, tourne facilement et reste prévisible. Mais si l’on descend trop tôt, la neige reste béton et expose aux glissades. Si l’on descend trop tard, elle devient lourde, profonde, parfois pourrie. Dans une pente raide, cette différence d’une heure peut changer toute la sortie.
La neige humide mérite une attention particulière. Elle contient de l’eau liquide. Elle colle aux peaux, botte sous les crampons, ralentit les skis et perd de sa cohésion. Après un redoux, une pluie ou un soleil fort, elle peut provoquer des avalanches de neige lourde. Ces coulées semblent parfois lentes au départ, mais leur densité exerce une force énorme. On ne les traverse pas “pour voir”.
La neige dure se reconnaît au bruit sec des carres, aux traces peu marquées et à l’impossibilité d’enfoncer facilement le bâton. Elle peut venir d’un regel nocturne, du vent ou du tassement. Sur terrain peu incliné, elle fatigue surtout les jambes. Sur une pente exposée, elle devient sérieuse : une chute peut se transformer en glissade incontrôlable.
La neige croûtée, elle, est souvent la plus frustrante. Une fine couche dure recouvre une neige plus molle. Le ski casse la croûte une fois sur deux, la spatule plonge, l’équilibre devient instable. Pour le raquettiste aussi, c’est pénible : chaque pas traverse ou porte de manière irrégulière. Cette neige ne déclenche pas toujours une avalanche, mais elle augmente le risque de chute, d’entorse et d’épuisement.
La règle utile est simple : ne jugez jamais la neige uniquement au départ. Testez-la régulièrement avec le bâton, observez les changements d’aspect et acceptez que la meilleure neige à skier ne soit pas toujours la plus sûre à traverser.

La neige poudreuse fait rêver. Elle remplit les magazines, les films de freeride et les conversations au refuge. Pourtant, c’est aussi dans ce contexte que le facteur humain pousse souvent à l’erreur. Après une chute de neige, tout le monde veut faire la première trace. On se lève tôt, on accélère, on suit une trace existante sans réfléchir. L’émotion prend la place de l’analyse.
Le piège vient du fait que la poudreuse procure une impression de douceur. Elle amortit les virages, efface les cailloux, embellit les pentes. Mais la stabilité du manteau neigeux dépend moins de la beauté de la surface que de ce qui se passe dessous. Une couche récente peut adhérer correctement, ou au contraire reposer sur une interface fragile. Le vent est souvent l’arbitre.
Une poudreuse plutôt favorable est légère, homogène et tombée sans vent notable. Elle se répartit de manière régulière dans le paysage. Les arbres portent la neige sur toutes leurs branches, les crêtes ne sont pas décapées, les accumulations ne forment pas de bosses épaisses sous certains versants. À la trace, les skis s’enfoncent de façon constante.
Dans une forêt clairsemée, avec une pente modérée et un fond doux, cette neige est idéale pour progresser. Un débutant en ski de randonnée y trouve de la portance et du confort, à condition que l’épaisseur ne soit pas excessive. Avec 20 à 30 centimètres, la montée reste acceptable et la descente devient ludique. Au-delà, l’effort augmente, surtout avec des skis étroits.
Après une nuit claire et froide, la neige fraîche peut perdre une partie de sa cohésion de surface. Les petits cristaux se modifient. La trace devient parfois plus agréable qu’au moment de la chute. Mais cette évolution ne signifie pas automatiquement que toutes les pentes sont sûres. La prudence reste nécessaire, notamment au-dessus de 30 degrés.
Une plaque à vent se forme lorsque le vent arrache la neige d’un endroit et la dépose ailleurs. Le versant exposé au vent peut être durci ou pelé. Le versant sous le vent reçoit une accumulation plus dense, souvent lisse, parfois masquée par quelques centimètres de neige fraîche. C’est cette discrétion qui la rend redoutable.
Une plaque de seulement 30 centimètres peut représenter une masse considérable par mètre carré. Si elle repose sur une couche fragile, le passage d’un seul skieur ou randonneur peut provoquer la rupture. La cassure se propage alors rapidement, parfois au-dessus de la personne qui a déclenché. Dans de nombreux accidents d’avalanche, les victimes n’ont vu aucun signe évident avant la rupture.
Sur le terrain, certains indices doivent alerter : neige cartonnée, surface mate et tendue, accumulations derrière une crête, congères, changements brutaux d’épaisseur, bruit sourd sous les skis. Les fissures qui partent en étoile autour des chaussures sont un signal d’arrêt immédiat. On ne discute pas longtemps dans ce cas : on s’écarte, on réduit l’exposition, on renonce si nécessaire.
Léa arrive sous un col après une montée en forêt très agréable. Dans les arbres, la poudre est légère. À la sortie de la forêt, le vent a sculpté la surface. Ses bâtons traversent parfois 10 centimètres, puis rencontrent une couche dure. Quelques mètres plus loin, ils s’enfoncent jusqu’à la poignée. Cette alternance montre que la neige a été transportée.
Le groupe avait prévu de basculer dans une combe plus raide. En observant les accumulations sous la crête, il choisit de rester sur une croupe moins inclinée. Cette décision peut sembler frustrante sur le moment, surtout quand les traces d’autres skieurs descendent déjà dans la pente. Mais la présence d’une trace ne prouve pas la sécurité. Elle prouve seulement que quelqu’un est passé avant.
La bonne poudreuse se savoure avec de la marge. Si le vent a travaillé, la question n’est plus “est-ce que ça va être bon ?”, mais “qu’est-ce qui pourrait casser sous moi ?”.
Au printemps, la montagne change de rythme. Le froid de la nuit, le soleil du matin et la chaleur de l’après-midi décident de la qualité de la descente. La neige transformée est l’une des meilleures surfaces pour skier lorsqu’elle revient sur quelques centimètres. Elle devient douce, régulière, presque comparable à une piste très bien préparée. Mais cette fenêtre est parfois courte.
Le bon horaire dépend de l’altitude, de l’orientation, du vent, des nuages et de la qualité du regel. Une pente est peut ramollir tôt. Une pente nord reste dure plus longtemps. Un voile nuageux peut empêcher le regel nocturne. Un vent froid peut retarder le dégel. Voilà pourquoi les anciens parlent de “métier” : ce n’est pas une science abstraite, mais une lecture continue du terrain.
Sur une neige dure regelée, les skis accrochent si les carres sont efficaces et si la pente reste raisonnable. Mais à pied, en raquettes ou avec des chaussures de ski, la progression peut devenir délicate. Une pente qui paraît simple en neige souple devient exposée quand elle est vitrifiée. La moindre faute d’appui peut entraîner une glissade longue.
Dans ce contexte, les couteaux à ski, les crampons et parfois le piolet ne sont pas des accessoires décoratifs. Ils permettent de conserver de l’adhérence et de s’arrêter en cas de déséquilibre. Pour comprendre quel outil convient selon le terrain, le choix d’un piolet classique ou technique en alpinisme mérite d’être anticipé avant la sortie, pas au pied de la pente.
Un cas fréquent se produit dans les combes de printemps. Le groupe monte tôt pour éviter la chaleur. À 8 heures, la pente finale est encore béton. Les conversions deviennent tendues. Un participant glisse sur deux mètres, sans conséquence, mais le message est clair. Le sommet attendra peut-être. En montagne, l’objectif ne doit jamais effacer l’état réel de la surface.
La neige transformée idéale a ramolli sur environ cinq centimètres. Le ski pénètre juste assez pour accrocher, sans s’enfoncer. Le virage dérapé fonctionne bien, le virage coupé devient possible pour les bons skieurs, et la vitesse se contrôle facilement. C’est souvent la neige la plus rassurante pour un pratiquant moyen.
Le défi consiste à descendre au bon moment. Sur un itinéraire long, toutes les orientations ne chauffent pas de la même façon. Le haut peut être encore dur, le milieu parfait, le bas déjà lourd. Il faut alors hiérarchiser : mieux vaut passer la section la plus raide dans les meilleures conditions, même si le reste de la descente est moins agréable.
Cette logique rejoint les bases d’une descente à ski sécurisée hors-piste : garder de la marge, choisir ses arrêts, éviter de regrouper tout le monde sous une pente chargée et adapter le style de virage au support. Le plaisir vient après la gestion de l’exposition.
La neige humide se reconnaît au ski qui ralentit, aux paquets qui collent, aux traces profondes et à la sensation de lourdeur. Elle peut être simplement désagréable sur pente faible. Sur terrain raide, elle devient un problème de sécurité. L’eau liquide détruit les liaisons entre les grains et peut favoriser des avalanches de neige mouillée.
Au printemps, les départs très matinaux ne relèvent pas du folklore. Ils permettent de monter sur un manteau encore porteur et de descendre avant que la chaleur ne fasse son œuvre. Si les pieds s’enfoncent jusqu’au mollet à chaque pas, si de petites boulettes descendent naturellement autour de vous, ou si des coulées récentes strient les pentes voisines, il est temps de quitter les zones exposées.
La neige de printemps récompense ceux qui savent attendre cinq minutes, mais sanctionne ceux qui attendent deux heures de trop. L’horaire est un outil de sécurité aussi important que le matériel.

Toutes les sorties ne se passent pas dans une poudreuse légère ou une neige de printemps parfaite. La montagne offre souvent des neiges mélangées : croûte cassante, traces gelées, vieille poudre compactée, neige trafollée par les passages, zones dures alternant avec des poches molles. Ces conditions ne sont pas toujours les plus avalancheuses, mais elles augmentent le risque de chute et de fatigue.
La technique devient alors un élément de sécurité. Un skieur crispé, en arrière, incapable de tourner où il veut, s’expose davantage. Il risque de tomber dans une zone raide, de perdre un ski ou de s’arrêter au mauvais endroit. Pour les raquettistes, une neige irrégulière peut provoquer des torsions de genou, surtout en dévers.
La neige croûtée demande de l’humilité. Une fine pellicule dure casse sous un ski, mais pas sous l’autre. Le virage devient imprévisible. Dans cette situation, vouloir skier “comme sur piste” conduit souvent à la faute. Il faut ralentir, élargir les courbes, alléger les appuis et accepter de faire moins de virages.
Avec des skis larges, la portance aide, mais elle ne fait pas de miracle. Avec des skis plus étroits, la spatule peut enfourner. Certains skieurs reculent légèrement le poids pour éviter de plonger. C’est efficace à court terme, mais dangereux si l’on perd le contrôle. Le bon compromis consiste à garder les jambes souples, le regard loin devant et les appuis progressifs.
Si la pente devient trop raide ou trop exposée, les conversions à la descente peuvent être une option. Ce n’est pas élégant, mais c’est parfois la solution la plus sûre. La montagne ne note pas le style. Elle récompense la lucidité.
La neige trafollée est une neige déjà skiée, brassée, parfois regelée. En station, on la rencontre vite sur les bords de piste. En randonnée, elle apparaît sur les itinéraires très fréquentés. Les bosses et les anciennes traces imposent des changements d’appui rapides. Le ski tape, accroche, accélère ou freine sans prévenir.
Dans ce terrain, l’indépendance des jambes devient précieuse. Une jambe absorbe, l’autre dirige. Les virages dérapés sont souvent plus sûrs que les grandes courbes rapides. Un skieur confirmé peut y trouver du plaisir, mais un débutant risque de se fatiguer très vite. Il vaut mieux choisir une pente plus douce et garder de la distance entre les membres du groupe.
Pour progresser, le travail de base consiste à skier en terrain varié, à vitesse modérée, en cherchant l’équilibre plutôt que la performance. Les conseils sur l’adaptation de la technique selon la qualité de la neige sont particulièrement utiles, car chaque texture impose un geste différent.
La neige profonde n’est pas toujours légère. Après un redoux ou une chute humide, elle devient dense. À la montée, chaque pas coûte cher. À la descente, les skis peinent à déjauger. Le danger vient alors autant de la fatigue que de l’instabilité. Un pratiquant épuisé prend de moins bonnes décisions, communique moins et réagit plus lentement.
Sur une sortie réelle, cela se voit vite. Le groupe prévu pour 1 000 mètres de dénivelé avance lentement dès les premiers lacets. Les conversions sont laborieuses. Les pauses s’allongent. Dans ce cas, réduire l’objectif n’est pas un échec. C’est une adaptation rationnelle aux conditions.
Les fixations doivent aussi être prises en compte. Toutes n’offrent pas le même déclenchement en cas de chute. En neige lourde, une torsion peut devenir violente. Mieux vaut skier propre, lentement, avec des arrêts fréquents, plutôt que chercher une descente spectaculaire dans une matière qui ne s’y prête pas.
Quand la neige devient difficile, la meilleure technique consiste d’abord à garder assez d’énergie pour rester lucide jusqu’au retour.
La dangerosité neige ne se résume pas à un mot sur le bulletin. Elle naît de la rencontre entre un manteau fragile, une pente suffisante et un déclencheur. Ce déclencheur peut être un skieur, un raquettiste, une corniche qui casse ou un réchauffement brutal. C’est pourquoi l’analyse doit commencer avant le départ et se poursuivre tout au long de l’itinéraire.
Dans les Alpes, les accidents mortels par avalanche restent chaque hiver une réalité. Les bilans varient selon les saisons, mais les mêmes scénarios reviennent : plaque à vent, pente autour ou au-dessus de 30 degrés, groupe engagé un par un trop tard, signaux ignorés ou sous-estimés. Le risque zéro n’existe pas, mais le risque choisi et compris n’a rien à voir avec le risque subi.
Certains indices valent plus qu’un long débat. Un “whumpf”, ce bruit sourd de tassement, indique qu’une couche s’effondre sous votre poids. Des fissures qui se propagent autour des skis montrent que la plaque est capable de transmettre une rupture. Des coulées récentes prouvent que la neige bouge déjà dans le secteur.
Le vent fort des dernières 24 à 48 heures doit aussi peser dans la décision. Même sans chute abondante, il peut déplacer assez de neige pour former des accumulations dangereuses. Un redoux rapide suivi d’un regel crée d’autres problèmes : surface dure le matin, humidification profonde ensuite, croûte intermédiaire parfois trompeuse.
Voici les signaux à vérifier avant et pendant la sortie :
Pourquoi parle-t-on autant de 30 degrés ? Parce que beaucoup d’avalanches de plaque se déclenchent sur des pentes à partir de cette inclinaison. En dessous, ce n’est pas automatiquement sûr, notamment sous une pente plus raide. Au-dessus, chaque erreur pèse davantage. Une pente à 35 degrés en poudreuse instable n’est pas seulement “un peu raide”. C’est un terrain avalancheux potentiel.
Le piège, c’est que l’œil sous-estime souvent l’inclinaison. Une belle combe large paraît moins raide qu’un couloir étroit, alors qu’elle peut présenter le même angle. Utiliser une carte avec calques de pente, une application GPS fiable ou un inclinomètre permet de corriger cette impression. Sur le terrain, les conversions difficiles à la montée indiquent souvent que la pente devient sérieuse.
Pour aller plus loin, l’évaluation méthodique des pentes, orientations et bulletins est détaillée dans les ressources consacrées à l’analyse des risques d’avalanches avant une sortie hivernale. Cette préparation transforme une intuition vague en décision structurée.
| Type de neige | Indices de reconnaissance | Danger principal | Réflexe terrain |
|---|---|---|---|
| Neige poudreuse froide | Légère, sèche, peu collante, traces profondes régulières | Plaque si vent ou couche fragile dessous | Tester les accumulations et éviter les pentes raides douteuses |
| Neige humide | Collante, lourde, bottage, enfoncement important | Avalanche de neige mouillée, fatigue, perte de contrôle | Descendre tôt et quitter les pentes chauffées |
| Neige dure regelée | Surface lisse, bruit sec, faible enfoncement du bâton | Glissade longue et difficile à arrêter | Utiliser couteaux, crampons ou renoncer si exposition forte |
| Neige croûtée | Croûte cassante sur couche molle | Chute, torsion, ski imprévisible | Réduire la vitesse et choisir des pentes moins engagées |
| Plaque à vent | Surface lisse, accumulations sous le vent, fissures possibles | Déclenchement d’avalanche au passage | Contourner, espacer le groupe, renoncer si signaux présents |
La stabilité du manteau neigeux se lit comme une enquête : aucun indice isolé ne dit tout, mais plusieurs signaux alignés donnent une réponse nette.

La prévention neige ne consiste pas à supprimer l’aventure. Elle permet de continuer à aller en montagne avec un niveau de lucidité compatible avec le terrain. Le matériel, la préparation et le comportement collectif forment un système. Si l’un des trois manque, les deux autres ne compensent pas tout.
Le trio DVA, pelle, sonde est indispensable dès que l’on sort des zones sécurisées exposées aux avalanches. Le DVA localise, la sonde confirme la profondeur, la pelle dégage. Sans pelle efficace, le meilleur détecteur du monde ne sauve personne. Sans entraînement, les minutes passent trop vite. En situation réelle, le froid, le stress et la panique réduisent les capacités.
Chaque participant doit porter son DVA allumé en émission, sous une couche de vêtement, et savoir passer en recherche. La pelle doit être métallique et solide. La sonde doit être accessible rapidement. Ce matériel ne reste pas au fond du sac “au cas où”. Il doit pouvoir sortir en quelques secondes.
Sur neige dure, les crampons et le piolet prennent le relais. Les couteaux à ski aident sur une pente glacée, mais ils ne remplacent pas toujours les crampons si l’on doit progresser à pied. Selon l’itinéraire, il peut être utile de comparer les différents types de crampons pour l’alpinisme, car un modèle léger en aluminium n’a pas le même usage qu’un crampon acier plus robuste.
Le matériel doit aussi être entretenu. Une pelle fissurée, une sonde grippée ou des carres émoussées changent la marge de sécurité. Après une sortie humide ou froide, sécher, vérifier et ranger correctement évite les mauvaises surprises au départ suivant.
Le facteur social joue un rôle énorme. Personne ne veut être celui qui casse l’ambiance. Personne ne veut renoncer quand la pente est vierge et que les amis sourient déjà derrière le masque. Pourtant, beaucoup de décisions risquées naissent de cette pression douce. On continue parce que les autres continuent.
Un bon groupe fixe des règles avant le départ. Par exemple : demi-tour si le bulletin est plus mauvais que prévu, si des fissures apparaissent, si l’horaire dérape ou si un membre ne se sent pas bien. Cette règle simple donne le droit de parler. Elle évite que la décision repose sur le plus confiant, qui n’est pas toujours le plus compétent.
L’espacement est un autre point concret. Dans une pente suspecte, on passe un par un, on s’arrête dans des îlots sûrs, on évite de stationner sous une pente chargée. Les raquettistes sont concernés eux aussi. Le manteau ne fait pas la différence entre un ski et une raquette : il réagit à une surcharge.
Une formation pratique auprès d’un club, d’un guide ou d’une structure spécialisée change profondément la manière de voir la neige. Chercher un DVA enterré dans un parc est utile. Le faire dans le froid, avec des gants, une pente, un chronomètre et plusieurs signaux parasites est beaucoup plus formateur. Les automatismes se construisent avant l’accident.
La méthode de préparation peut rester simple. La veille, consulter le bulletin montagne, repérer les orientations dangereuses, vérifier le vent récent, choisir une option principale et une option de repli. Le matin, contrôler le matériel, annoncer l’itinéraire, observer dès les premiers mètres. Pendant la sortie, comparer sans cesse ce que l’on voit avec ce qui était prévu.
Léa et ses amis ont adopté une habitude efficace : à chaque pause importante, une personne différente résume les conditions. “Neige froide en forêt, vent près des crêtes, pente suivante à 32 degrés, horaire correct, mais accumulation visible à gauche.” Ce rituel prend une minute. Il oblige le groupe à penser, pas seulement à avancer.
La sécurité hivernale n’est pas une attitude inquiète. C’est une discipline légère, répétée, qui laisse plus de place au plaisir parce qu’elle réduit les mauvaises surprises.
Une neige poudreuse devient suspecte si elle a été transportée par le vent, si elle forme des accumulations épaisses sous les crêtes, si des fissures apparaissent autour des skis ou si un bruit sourd se produit sous vos pas. La poudreuse agréable à skier n’est pas forcément stable, surtout sur une pente supérieure à 30 degrés.
La neige dure est une surface compacte et portante, souvent liée au regel ou au vent. Elle expose surtout aux glissades. La neige croûtée possède une fine couche dure au-dessus d’une neige plus molle ; elle casse de manière irrégulière et rend le ski instable. Les deux demandent de ralentir et d’adapter le matériel.
Oui. Un niveau 3, dit marqué, signifie que des déclenchements sont possibles sur certaines pentes, parfois au passage d’une seule personne. Ce n’est pas un niveau moyen ou confortable. Il impose de choisir des itinéraires moins raides, d’éviter les orientations signalées dans le bulletin et de garder de grandes marges.
Sur un itinéraire balisé, sécurisé et non exposé aux pentes avalancheuses, cela peut se concevoir. Dès que la sortie traverse ou longe des pentes raides enneigées, le trio DVA, pelle, sonde devient indispensable. Une personne en raquettes peut déclencher une avalanche ou être ensevelie comme un skieur.
Il faut considérer ces fissures comme un signal d’alarme majeur. Elles indiquent qu’une plaque se fracture et que la rupture peut se propager. Le bon réflexe est de s’arrêter dans une zone sûre, d’éviter toute pente raide proche, d’espacer le groupe et de renoncer à l’objectif si l’itinéraire reste exposé.