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À partir de 2 500 mètres, la montagne change les règles du jeu. L’air ne contient pas moins de dioxygène en pourcentage, mais la pression atmosphérique baisse, ce qui réduit la quantité d’oxygène réellement disponible à chaque inspiration. Résultat : une montée facile en vallée peut devenir laborieuse, même pour une personne entraînée. Le souffle se raccourcit, le cœur accélère, les jambes brûlent plus tôt. Cette réaction n’est pas un manque de volonté. C’est une contrainte physique bien réelle, liée à l’hypoxie, c’est-à-dire au déficit d’oxygène dans les tissus.
Optimiser sa respiration en haute altitude ne consiste pas à chercher une technique miracle. Il s’agit plutôt de combiner plusieurs leviers : une montée progressive, une meilleure ventilation, des exercices respiratoires réguliers, une allure maîtrisée, une bonne hydratation et une surveillance lucide des signaux d’alerte. Les guides expérimentés le savent bien : celui qui respire trop vite, marche trop fort et ignore ses maux de tête se met en difficulté. Celui qui ralentit tôt, cale son souffle sur ses pas et respecte l’acclimatation garde plus longtemps sa lucidité, son endurance et son plaisir en montagne.
En bref
Quand Léa, randonneuse régulière des Alpes, arrive à 3 000 mètres pour la première fois, elle est surprise. Elle n’a pas mal aux jambes. Elle n’est pas épuisée. Pourtant, chaque lacet du sentier lui demande un arrêt. Ce décalage est classique : en altitude, le problème n’est pas seulement musculaire, il est surtout respiratoire et circulatoire. La pression atmosphérique diminue, donc la pression partielle en oxygène baisse. Les poumons reçoivent de l’air, mais cet air permet une oxygénation moins efficace du sang.
Le corps réagit immédiatement. La fréquence respiratoire augmente, le cœur bat plus vite et l’organisme tente d’envoyer davantage de sang oxygéné vers les muscles et le cerveau. Cette adaptation physiologique est utile, mais elle a un coût : elle consomme de l’énergie. Plus vous forcez, plus vous accentuez cette demande. C’est pourquoi une allure trop rapide au début d’un trek peut ruiner une journée entière. Beaucoup de pratiquants croient devoir “pousser un peu” pour passer le cap. En réalité, il faut souvent faire l’inverse : ralentir avant d’être essoufflé.
À 3 000 mètres, une personne non acclimatée peut perdre une part importante de sa capacité d’effort. La VO2 max, qui représente la capacité du corps à utiliser l’oxygène pendant l’exercice, baisse nettement. Cela explique pourquoi un coureur à l’aise en plaine peut se sentir lourd et lent sur un itinéraire pourtant modéré. La montagne n’évalue pas seulement votre forme physique. Elle teste votre capacité à gérer votre rythme, votre souffle et votre récupération.
La réaction spontanée consiste à inspirer plus souvent. C’est logique, mais pas toujours efficace. Une respiration courte, haute, limitée à la cage thoracique, augmente la sensation de panique et fatigue les muscles respiratoires. Elle donne l’impression de chercher l’air sans jamais vraiment le trouver. Cette respiration superficielle est fréquente dans les pentes raides, sous un sac lourd ou lors d’un passage exposé.
Une respiration plus profonde, guidée par le ventre, permet de mieux utiliser le diaphragme. Ce muscle situé sous les poumons agit comme un piston. Quand il descend, il favorise l’entrée d’air dans les zones basses des poumons, souvent mieux perfusées. Le bénéfice est simple : pour un même nombre d’inspirations, vous ventilez plus utilement. Cela ne supprime pas l’altitude, mais cela évite de gaspiller de l’énergie.
Un bon repère de terrain consiste à surveiller la parole. Si vous pouvez parler par phrases courtes, l’allure reste raisonnable. Si vous ne pouvez prononcer que deux mots avant de reprendre votre souffle, vous êtes déjà dans le rouge. Les guides utilisent souvent cette méthode avec les groupes hétérogènes, car elle ne demande ni montre connectée ni capteur de saturation. Elle repose sur une observation simple, fiable et immédiatement applicable.
| Altitude approximative | Effet fréquent sur la respiration | Réflexe utile sur le terrain |
|---|---|---|
| 2 000 à 2 500 m | Souffle plus court dans les montées, récupération un peu plus lente | Réduire l’allure dès les premiers signes d’essoufflement |
| 2 500 à 3 500 m | Risque de mal aigu des montagnes, sommeil parfois perturbé | Monter progressivement et éviter les efforts intenses les deux premiers jours |
| 3 500 à 5 500 m | Hypoxie plus marquée, baisse nette de performance | Surveiller les symptômes, boire souvent, respecter les paliers d’acclimatation |
| Au-delà de 5 500 m | Contraintes sévères, récupération difficile, risque médical élevé | Prévoir un calendrier d’acclimatation spécialisé et un encadrement compétent |
La première méthode pour mieux respirer en altitude consiste donc à comprendre ce qui se passe. Quand on sait que l’essoufflement est une réponse normale à un environnement moins favorable, on cesse de lutter contre la montagne et on commence à composer avec elle.

Les techniques respiratoires utiles en montagne sont simples, mais elles demandent de la régularité. Il ne suffit pas de les découvrir à 3 800 mètres, au milieu d’un pierrier, avec le cœur à 150 battements par minute. Le bon moment pour les apprendre, c’est avant le départ, lors des marches d’entraînement, des sorties en forêt ou même dans les escaliers. Plus le geste devient automatique, plus il reste disponible quand l’altitude complique tout.
La base reste la respiration abdominale. Placez une main sur le ventre, l’autre sur la poitrine. Inspirez par le nez en laissant le ventre avancer, puis expirez lentement par la bouche. La poitrine bouge, mais elle ne doit pas être le moteur principal. Ce mouvement engage le diaphragme et favorise une ventilation plus ample. En randonnée, on ne garde évidemment pas les mains sur le ventre. Mais l’exercice permet de mémoriser la sensation : un souffle bas, stable, profond, sans crispation des épaules.
Sur une pente régulière, associer le souffle aux pas devient très efficace. Par exemple, inspirez sur deux pas, expirez sur trois pas. Si l’effort augmente, passez à deux pas d’inspiration et deux pas d’expiration. Si vous êtes à l’aise, allongez l’expiration. Cette logique, proche de la marche afghane, aide à stabiliser l’allure. Elle évite les accélérations inutiles et donne au cerveau un rythme rassurant. Beaucoup de randonneurs découvrent qu’ils peuvent marcher plus longtemps simplement en cessant de respirer au hasard.
Inspirer par le nez présente plusieurs avantages. L’air est réchauffé, humidifié et filtré avant d’atteindre les bronches. En altitude, où l’air est souvent froid et sec, ce détail compte. Une inspiration permanente par la bouche peut irriter les voies respiratoires, favoriser la toux sèche et accentuer la perte d’eau. Le nez agit comme une première protection, surtout lors des efforts modérés.
Dans les passages raides, il devient parfois nécessaire d’ouvrir la bouche pour augmenter le débit d’air. Ce n’est pas une erreur. L’objectif n’est pas de s’imposer une règle rigide, mais de garder le contrôle. Une bonne méthode consiste à inspirer par le nez tant que l’effort reste maîtrisé, puis à utiliser la bouche en complément lorsque la pente se durcit. À l’expiration, la bouche permet souvent de relâcher plus facilement la pression et de ralentir le rythme.
Un exercice très utile consiste à prolonger l’expiration. Inspirez tranquillement sur deux temps, expirez sur quatre. Cette expiration longue active un état plus calme et limite l’emballement respiratoire. Sur le terrain, cela peut aider avant un passage délicat, une arête ventée ou une montée finale vers un col. La respiration devient alors un outil de pilotage, pas seulement une réaction automatique.
Imaginez un groupe qui monte vers un refuge à 3 200 mètres. La pente finale est courte, mais raide. Un participant accélère pour “en finir vite”. Au bout de trois minutes, il s’arrête, penché sur les bâtons, incapable de parler. Un autre adopte une cadence plus lente : trois petits pas, une expiration complète, deux inspirations calmes. Il arrive quelques minutes plus tard, mais sans dette respiratoire majeure. En montagne, le plus rapide sur dix minutes n’est pas toujours le plus efficace sur cinq heures.
Ces méthodes gagnent encore en efficacité lorsqu’elles sont associées à une bonne posture. Un buste plié comprime la cage thoracique. Des épaules hautes et crispées limitent l’amplitude. Redressez-vous, ouvrez légèrement la poitrine, gardez les mains détendues sur les bâtons. Si le terrain est exposé, la maîtrise du corps aide aussi la maîtrise du souffle ; travailler son équilibre sur des passages exposés permet souvent de réduire la crispation respiratoire.
La bonne technique n’est pas celle qui impressionne. C’est celle que vous pouvez répéter longtemps, sous fatigue, sans vous désorganiser.
La meilleure respiration du monde ne remplace pas l’acclimatation. C’est le point que les débutants sous-estiment le plus. Le corps a besoin de temps pour s’ajuster : augmentation de la ventilation au repos, modifications de l’équilibre acido-basique, stimulation de la production de globules rouges, amélioration progressive du transport de l’oxygène. Ces processus ne se déclenchent pas instantanément. Ils s’installent sur plusieurs heures, puis plusieurs jours.
Le facteur le plus important n’est pas toujours l’altitude maximale atteinte dans la journée. C’est souvent l’altitude à laquelle on dort. Monter à 3 200 mètres pour franchir un col puis redescendre dormir à 2 400 mètres est généralement mieux toléré que dormir directement très haut après une montée rapide. Cette règle de terrain se résume ainsi : “monter haut, dormir plus bas” quand l’itinéraire le permet.
Lorsque le départ se fait depuis une basse altitude, il est judicieux de passer une ou plusieurs nuits entre 1 500 et 2 500 mètres avant de poursuivre. Au-delà de 3 000 mètres, une progression prudente consiste à limiter l’augmentation de l’altitude de couchage à environ 500 mètres par jour. Tous les 1 000 mètres de gain en altitude de nuit, intégrer une journée sans dormir plus haut aide beaucoup. Cette journée n’est pas perdue. Elle prépare la suite.
Un alpiniste entraîné peut développer un mal aigu des montagnes. Un marcheur moyen peut très bien s’acclimater. La forme physique améliore l’aisance musculaire, mais elle ne supprime pas la sensibilité individuelle à l’hypoxie. Des facteurs génétiques, l’historique personnel, la vitesse d’ascension, le sommeil, la déshydratation et l’intensité de l’effort influencent le risque.
C’est une réalité parfois difficile à accepter dans les groupes sportifs. Celui qui court des trails en plaine peut être tenté de mener le rythme. Pourtant, en haute altitude, l’orgueil est mauvais conseiller. Les deux premiers jours au-dessus de 2 500 mètres doivent rester modérés. Les efforts intenses augmentent le risque de mal aigu des montagnes et d’œdème pulmonaire de haute altitude chez les personnes sensibles.
La préparation mentale joue ici un rôle majeur. Accepter de ralentir, de renoncer à une étape trop ambitieuse ou de redescendre demande de la lucidité. Les pratiquants qui travaillent la préparation mentale en alpinisme prennent souvent de meilleures décisions lorsque le plan initial devient trop exigeant. Respirer mieux, c’est aussi penser plus clairement.
Un bon itinéraire laisse des marges. Il prévoit des étapes courtes au début, des nuits intermédiaires et des options de descente. Sur un trek, cela peut signifier dormir à 2 400 mètres avant de rejoindre un refuge à 3 000 mètres. Sur une expédition, cela impose des rotations : monter charger du matériel, redescendre dormir plus bas, puis remonter. Cette stratégie paraît lente, mais elle augmente les chances de réussite.
Les professionnels de santé spécialisés en médecine de montagne peuvent proposer une prévention médicamenteuse dans certains cas, notamment pour les voyageurs à risque modéré ou élevé. L’acétazolamide est souvent cité comme option de première intention pour prévenir le mal aigu des montagnes, sur prescription et après évaluation individuelle. D’autres médicaments existent pour des situations particulières, mais ils ne doivent jamais remplacer une montée progressive. Un comprimé ne rend pas invulnérable.
Il faut aussi anticiper le sommeil. En altitude, certaines personnes connaissent des réveils fréquents, une respiration périodique ou une sensation d’apnée. Cela fatigue et réduit la récupération. Une stratégie simple consiste à éviter l’alcool, dîner léger, garder une bonne hydratation et ne pas se coucher immédiatement après un effort intense. Si les troubles du sommeil ont été sévères lors d’un séjour précédent, un avis médical avant le départ est pertinent.
L’acclimatation réussie ne se voit pas toujours. Elle se sent dans les détails : un souffle plus stable, un réveil plus clair, une envie de manger qui revient, une montée qui paraît moins agressive que la veille.

Les exercices respiratoires ne transforment pas un organisme en machine d’expédition, mais ils améliorent la conscience du souffle et la tolérance à l’effort. Le but n’est pas de bloquer sa respiration de manière extrême ni de jouer avec le manque d’air. Le but est d’apprendre à respirer plus efficacement sous contrainte. Pour un randonneur en raquettes, cela signifie moins paniquer dans une montée poudreuse. Pour un alpiniste, cela signifie garder une ventilation régulière en arrivant au relais, sous un sac lourd.
Le premier exercice se pratique au repos. Asseyez-vous, dos droit. Inspirez par le nez pendant quatre secondes, laissez le ventre se gonfler, puis expirez par la bouche pendant six secondes. Répétez pendant cinq minutes. L’expiration plus longue favorise le relâchement et limite l’hyperventilation inutile. Cet exercice est particulièrement utile le soir au refuge, quand l’excitation de la course du lendemain empêche de se poser.
Le deuxième exercice se fait en marche facile. Choisissez un sentier peu technique. Inspirez sur trois pas, expirez sur trois pas pendant cinq minutes. Puis inspirez sur trois pas, expirez sur quatre. Observez ce qui change. Si l’allure devient inconfortable, ralentissez au lieu de forcer la respiration. Cette consigne est essentielle : en montagne, le souffle doit guider la vitesse, pas l’inverse.
La respiration fractionnée consiste à alterner des phases de souffle ample et des phases plus contrôlées. Par exemple, pendant une montée d’entraînement, marchez deux minutes avec une respiration abdominale profonde, puis une minute avec une expiration allongée. Répétez cinq cycles. Ce type de travail aide à rester calme lorsque l’essoufflement monte.
Certains sportifs utilisent des protocoles d’hypoxie simulée ou des masques d’entraînement. Ces outils doivent être abordés avec prudence. Ils ne reproduisent pas exactement la haute altitude et peuvent donner une fausse impression de préparation. Pour la plupart des pratiquants, les bénéfices les plus solides viennent d’un entraînement aérobie régulier : marche rapide, vélo, trail doux, montée d’escaliers, ski de randonnée à intensité modérée. Une base d’endurance rend la respiration plus économique.
Un exercice très concret consiste à monter une pente avec la règle du “nez le plus longtemps possible”. Tant que vous pouvez inspirer principalement par le nez, l’intensité reste souvent contrôlée. Dès que vous devez ouvrir grand la bouche, ralentissez légèrement. Ce n’est pas une compétition. C’est un calibrage. Avec le temps, vous apprendrez à reconnaître votre seuil respiratoire avant de basculer dans l’essoufflement brutal.
Les bâtons ne servent pas seulement aux genoux. Bien utilisés, ils aident aussi la respiration. Sur une pente raide, plantez les bâtons légèrement devant vous, poussez doucement, gardez le buste ouvert. Évitez de vous effondrer sur les poignées. Cette position pliée donne l’impression de se reposer, mais elle comprime le thorax et limite l’amplitude respiratoire.
Lors d’une sortie au-dessus de Val d’Isère, un encadrant demandait à son groupe de faire “dix pas propres” après chaque pause : posture redressée, expiration complète, regard loin devant. Ce petit rituel changeait l’ambiance. Les participants repartaient moins vite, mais mieux organisés. Au bout d’une heure, les écarts diminuaient. Personne n’avait gagné en capacité pulmonaire en soixante minutes ; ils avaient simplement cessé de gaspiller leur énergie.
L’entraînement respiratoire doit aussi intégrer l’hydratation. L’air froid et sec augmente les pertes d’eau par la respiration. Une bouche sèche, des urines foncées et des maux de tête peuvent signaler une déshydratation naissante. Pour garder une bonne oxygénation, le sang doit rester suffisamment fluide et le corps capable de réguler sa température. Les conseils liés à l’hydratation pendant un effort prolongé en montagne sont donc directement liés à la qualité du souffle.
Le bon exercice respiratoire est celui qui s’intègre à votre pratique réelle. Il doit vous rendre plus calme, plus régulier et plus attentif, pas plus crispé.
Optimiser sa respiration ne doit jamais conduire à minimiser les symptômes. Le mal aigu des montagnes peut apparaître dès 2 500 mètres. Il touche des personnes jeunes, entraînées, prudentes, parfois dès la première nuit trop haute. Les signes initiaux ressemblent à une mauvaise fatigue : maux de tête, perte d’appétit, nausées, sommeil agité, essoufflement inhabituel à l’effort. Le piège consiste à attribuer ces signaux au froid, au stress ou au manque d’habitude.
Un mal de tête en altitude, surtout s’il s’accompagne de nausées ou d’une grande fatigue, doit être considéré comme un avertissement. La règle est claire : ne pas monter dormir plus haut tant que les symptômes persistent. Continuer l’ascension “pour voir” expose à une aggravation. Le corps demande du temps, pas un défi supplémentaire.
Les signes plus graves imposent une réaction rapide. Confusion, troubles de la marche, comportement étrange, somnolence anormale ou difficulté à coordonner ses gestes peuvent évoquer un œdème cérébral de haute altitude. Un essoufflement au repos, une toux sèche persistante, une oppression thoracique ou une grande faiblesse peuvent orienter vers un œdème pulmonaire de haute altitude. Dans ces situations, la descente devient prioritaire.
Pour un mal aigu léger, le repos, l’hydratation, la réduction de l’effort et le traitement des symptômes peuvent suffire. L’amélioration survient souvent en vingt-quatre heures si l’on ne monte pas davantage. Pour une forme modérée ou sévère, un avis médical et un traitement adapté peuvent être nécessaires. L’oxygène peut soulager en attendant la descente, mais il ne remplace pas l’acclimatation. Un caisson hyperbare portatif, utilisé par certaines agences en très haute altitude, peut simuler une descente lorsque l’évacuation est retardée.
Les médicaments comme l’acétazolamide, la dexaméthasone ou la nifédipine concernent des situations précises et doivent être anticipés avec un professionnel de santé. Les recommandations internationales récentes en médecine de montagne insistent sur un point : le traitement définitif des formes graves reste la perte d’altitude. Les médicaments accompagnent la décision, ils ne doivent pas servir d’excuse pour rester exposé.
Lors d’un trek au Népal, un marcheur de 42 ans se plaint d’un mal de tête au dîner à 3 600 mètres. Il a bien marché, plaisante encore, mais ne touche presque pas à son assiette. Le lendemain, l’étape prévue monte dormir à 4 100 mètres. Le groupe hésite. Finalement, l’encadrant impose une journée sur place. Le matin suivant, les symptômes ont disparu. L’équipe repart avec un jour de retard, mais sans incident.
Ce genre de décision paraît frustrant sur le moment. Pourtant, c’est exactement ce qui permet de terminer un voyage. L’altitude récompense rarement l’obstination. Elle favorise ceux qui savent interpréter les signaux faibles. Pour mieux identifier les situations où l’attente n’est plus raisonnable, il est utile de connaître les signes nécessitant des secours en haute montagne.
La respiration est un indicateur précieux. Si elle devient difficile au repos, bruyante, anxieuse ou associée à une perte de lucidité, il ne faut plus chercher une technique : il faut réduire l’exposition à l’altitude.

Les grandes réussites en altitude reposent souvent sur de petites habitudes répétées. Boire avant d’avoir soif. Fermer sa veste avant d’avoir froid. Ralentir avant d’être essoufflé. Manger avant la fringale. Ces gestes semblent ordinaires, mais ils protègent la qualité de la respiration et la capacité de décision. En montagne, le corps n’aime pas les dettes : dette de sommeil, dette hydrique, dette énergétique, dette respiratoire. Plus elles s’accumulent, plus l’hypoxie devient difficile à supporter.
L’hydratation mérite une attention constante. En haute altitude, l’air sec augmente les pertes par la ventilation. On respire plus, donc on perd plus d’eau. Le froid réduit parfois la sensation de soif, ce qui trompe le pratiquant. Une bonne stratégie consiste à boire quelques gorgées toutes les quinze à vingt minutes lors de l’effort, plutôt que de grandes quantités aux pauses. L’alcool est à éviter : il favorise la déshydratation, perturbe le sommeil et peut accentuer les effets du manque d’oxygène.
L’alimentation compte aussi. Les glucides sont souvent mieux tolérés en altitude que les repas très gras. Une soupe, du riz, des pâtes, des fruits secs ou une barre simple peuvent soutenir l’effort sans surcharger la digestion. Quand l’appétit baisse, il faut fractionner. Manger peu mais régulièrement vaut mieux que sauter un repas puis tenter de compenser tard le soir.
La posture influence directement la ventilation. Marcher plié en deux sous un sac trop lourd réduit l’espace disponible pour la cage thoracique. Ajustez les bretelles, utilisez la ceinture ventrale, gardez la charge près du dos. À l’arrêt, évitez de rester affaissé trop longtemps. Redressez le buste, posez les mains sur les hanches ou les bâtons, expirez complètement avant de repartir.
Les pauses doivent être courtes et régulières. Une longue pause au froid peut refroidir les muscles et rendre le redémarrage pénible. À l’inverse, ne jamais s’arrêter pousse le groupe vers l’épuisement. Une bonne règle en montée consiste à faire une micro-pause debout toutes les dix à quinze minutes si l’intensité est élevée, puis une pause plus longue à l’abri du vent. Le souffle doit redescendre avant de relancer.
Le sommeil est un autre pilier. Une nuit hachée en altitude n’est pas rare, mais elle doit être prise en compte. Si vous dormez mal, réduisez l’ambition du lendemain. Les respirations périodiques nocturnes peuvent surprendre : on se réveille avec l’impression d’avoir oublié de respirer. Cela arrive en altitude, mais si la fatigue devient massive ou si d’autres symptômes apparaissent, il faut réévaluer le plan.
Respirer mieux, c’est aussi éviter les situations qui obligent à puiser brutalement dans ses réserves. Une erreur d’itinéraire, un orage, un bivouac improvisé ou une descente tardive augmentent l’effort et le stress. Or le stress accélère le souffle et diminue la lucidité. Savoir se protéger du froid, s’abriter et communiquer fait partie de la stratégie globale d’oxygénation.
Sur un itinéraire engagé, connaître les bases pour construire un abri d’urgence en milieu montagneux peut éviter une nuit d’exposition qui épuiserait l’organisme. De même, sur des zones isolées, un moyen de communication fiable permet de demander de l’aide avant que la situation ne dégénère. La technique respiratoire ne sert à rien si l’on reste bloqué trop haut, trop longtemps, sans solution de repli.
Les pratiquants expérimentés cultivent une forme d’humilité active. Ils observent la couleur du ciel, l’état du groupe, la vitesse de progression, la qualité du souffle. Ils adaptent avant de subir. Cette attitude vaut pour les débutants en raquettes comme pour les alpinistes confirmés : la montagne laisse rarement une seule cause expliquer un problème. C’est l’accumulation qui fatigue, puis qui expose.
La meilleure méthode pour rester bien oxygéné tient donc en une phrase de terrain : avancez assez lentement pour pouvoir continuer, assez lucidement pour pouvoir décider, assez humblement pour pouvoir redescendre.
La vigilance devient importante dès 2 500 mètres, surtout si vous dormez à cette altitude ou plus haut. Certaines personnes ressentent déjà un essoufflement marqué vers 2 000 mètres, mais le risque de mal aigu des montagnes augmente nettement au-delà de 2 500 mètres.
Non. Elle améliore la ventilation et peut réduire l’essoufflement, mais elle ne remplace pas l’acclimatation progressive. Pour limiter le risque, il faut aussi monter par étapes, éviter les efforts intenses au début, bien s’hydrater et ne pas dormir plus haut en cas de symptômes.
Un essoufflement au repos doit être pris au sérieux, surtout s’il s’accompagne de toux, fatigue intense, confusion, maux de tête ou troubles de la marche. Il faut arrêter l’ascension, prévenir l’encadrant ou les secours si nécessaire, et envisager une descente rapide vers une altitude inférieure.
Ce n’est pas indispensable pour la majorité des pratiquants. Un entraînement régulier en endurance, associé à des exercices respiratoires simples et à une bonne gestion de l’allure, apporte déjà une base solide. Les dispositifs spécifiques doivent être utilisés avec prudence et ne remplacent pas l’acclimatation réelle.
L’alcool favorise la déshydratation, perturbe le sommeil et peut aggraver les effets du manque d’oxygène. En altitude, où la récupération est déjà plus difficile, il vaut mieux privilégier l’eau, les boissons chaudes non alcoolisées et une alimentation facile à digérer.