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En alpinisme, une hypothermie ne ressemble pas toujours à une scène spectaculaire. Elle commence souvent par un compagnon qui parle moins, qui tremble, qui rate un mousquetonnage simple ou qui répond à côté. Le froid, le vent, l’humidité et l’altitude grignotent alors les réserves du corps. Dans une cordée, le danger vient autant de la baisse de température que du retard de réaction du groupe. Les secours en montagne ne sont jamais immédiats : la météo, le relief, la nuit ou l’absence de réseau peuvent allonger l’attente. Les premières minutes appartiennent donc aux compagnons présents sur place.
Le bon réflexe n’est pas de faire “quelque chose” à tout prix, mais de faire les bons gestes dans le bon ordre : protéger du froid, limiter les pertes de chaleur, appeler les secours, organiser un abri, créer une couche isolante, surveiller la respiration et éviter les manipulations brutales. Dans les massifs alpins, les fiches synthétiques de premiers secours en montagne, initiées notamment autour du milieu urgentiste grenoblois, rappellent cette logique : elles ne remplacent pas une formation, mais elles donnent des repères simples, consultables hors ligne, utiles quand la lucidité baisse et que la pression monte.
En bref
La première aide consiste à identifier le problème. En alpinisme, le froid ne s’installe pas seulement quand le thermomètre affiche des valeurs extrêmes. Une cordée peut se refroidir à 0 °C sous une pluie fine, dans un couloir exposé au vent, après une longue attente au relais ou à la suite d’une chute dans un torrent. Le piège classique, c’est de croire que l’hypothermie concerne uniquement les grands froids polaires. En réalité, l’humidité et l’immobilité suffisent souvent à faire chuter la température corporelle.
Le corps humain cherche à maintenir son noyau central autour de 37 °C. Ce noyau regroupe les organes essentiels : cœur, foie, reins, cerveau. Pour les protéger, l’organisme réduit la circulation du sang vers la peau, les mains, les pieds et les muscles périphériques. C’est la vasoconstriction. Elle explique pourquoi les doigts deviennent raides, pourquoi le visage pâlit, et pourquoi une personne refroidie semble parfois “fermée” ou absente. Le sang transporte la chaleur ; quand il circule moins en périphérie, le corps tente de préserver l’essentiel.
Le frisson est un autre signal majeur. Il s’agit d’une contraction musculaire automatique commandée par le cerveau pour produire de la chaleur. Un muscle qui travaille libère beaucoup d’énergie thermique. Mais ce mécanisme consomme vite les réserves. Sur une arête au printemps, j’ai déjà vu un second de cordée trembler pendant vingt minutes après une pause trop longue au vent. Il disait aller bien. Pourtant, il n’arrivait plus à ranger correctement sa corde. Ce décalage entre les paroles et les gestes doit alerter.
Une hypothermie légère se manifeste souvent par des frissons persistants, une sensation de froid intense, une chair de poule, une respiration plus rapide et un rythme cardiaque accéléré. La personne reste consciente, répond correctement, mais elle perd en précision. Elle peut faire tomber un gant, oublier de verrouiller un mousqueton, mal clipper une dégaine ou s’énerver pour une raison mineure. Ces petits ratés, pris isolément, semblent anodins. Ensemble, ils racontent une baisse de performance liée au refroidissement.
Quand la température corporelle descend davantage, les frissons peuvent diminuer puis disparaître. C’est un signe grave, car beaucoup de pratiquants l’interprètent à tort comme une amélioration. “Je ne tremble plus, ça va mieux” est une phrase dangereuse. En dessous d’environ 32 °C, le corps n’a plus assez d’énergie pour frissonner efficacement. La victime devient confuse, somnolente, incohérente. Elle peut vouloir s’asseoir dans la neige, refuser de continuer, ou au contraire se montrer agitée et irrationnelle.
| Température corporelle estimée | Signes probables | Priorité pour la cordée |
|---|---|---|
| 37 °C à 35 °C | Froid, frissons ponctuels, vigilance conservée | Ajouter des couches, manger, boire, réduire l’exposition |
| 35 °C à 32 °C | Frissons continus, maladresse, fatigue, lucidité encore présente | Arrêt protégé, vêtements secs, réchauffement passif, appel si doute |
| 32 °C à 28 °C | Disparition des frissons, confusion, somnolence, respiration ralentie | Secours urgents, mouvement réduit, isolation maximale, surveillance vitale |
| Moins de 28 °C | Inconscience possible, pouls difficile à percevoir, état critique | Alerte immédiate, protection, gestes de secours adaptés, attente médicalisée |
Sans thermomètre médical adapté, on raisonne avec des indices simples. Des frissons continus indiquent déjà une situation sérieuse. L’arrêt des tremblements, associé à une confusion, impose de considérer la victime comme potentiellement en hypothermie sévère. Ce raisonnement pratique vaut mieux qu’une estimation hasardeuse. En montagne, on agit sur ce que l’on voit : comportement, parole, motricité, respiration et exposition au froid.
Il faut aussi chercher les facteurs aggravants. Un vêtement mouillé refroidit beaucoup plus vite qu’un vêtement sec. L’eau conduit la chaleur bien mieux que l’air : une personne immergée ou trempée peut perdre sa chaleur corporelle 20 à 30 fois plus vite. Le vent accélère également la perte de chaleur par convection. À température égale, une rafale transforme une pause banale en situation critique. C’est l’effet ressenti, souvent appelé windchill, qui explique pourquoi une peau nue peut geler en quelques minutes par vent fort.
Reconnaître vite, c’est gagner du temps sur le froid. Et en hypothermie, le temps perdu ne se rattrape pas facilement.

Une fois l’hypothermie suspectée, la priorité est claire : stopper la perte de chaleur. Avant même de chercher à “réchauffer”, il faut empêcher le corps de continuer à se vider de son énergie. En alpinisme, cette étape demande de la méthode, car l’environnement est rarement confortable. On peut être pendu à un relais, coincé sous une rimaye, arrêté sur un glacier crevassé ou bloqué dans une pente avalancheuse. Le bon choix consiste à trouver le meilleur compromis entre sécurité du groupe et protection thermique de la victime.
Le premier réflexe est de sortir la personne du vent. Un rocher, une bosse de neige, un replat sous le vent, l’entrée d’une grotte de neige ou le revers d’une moraine peuvent devenir un abri temporaire. Il ne s’agit pas de construire un refuge parfait. Il s’agit de gagner quelques degrés ressentis et de couper les rafales. Si vous devez improviser, les principes détaillés dans la construction d’un abri d’urgence en montagne donnent une bonne logique : réduire l’exposition, isoler du sol, protéger la tête et organiser l’espace pour agir sans panique.
Le sol est un ennemi silencieux. Allonger une victime directement sur la neige, la glace ou une dalle froide accélère le refroidissement par conduction. Il faut donc créer une couche isolante entre elle et le support. Un sac à dos vidé, une corde lovée, une doudoune, un matelas mousse, des skis, une cordelette posée en tapis, tout peut servir. Même imparfait, cet isolement change beaucoup de choses. Dans une course hivernale, j’ai vu une victime grelotter violemment sur une pente de neige ; le simple fait de la poser sur deux sacs et une corde a amélioré son confort en quelques minutes.
Le froid atteint le corps par plusieurs chemins. Par conduction, quand la personne touche une surface froide. Par convection, quand l’air en mouvement emporte la chaleur. Par radiation, parce que le corps rayonne naturellement. Par évaporation, quand la sueur ou l’eau contenue dans les vêtements se transforme et capte de l’énergie. Comprendre ces mécanismes aide à choisir les gestes utiles. On ne met pas seulement une veste “en plus” : on ferme les entrées d’air, on couvre la tête, on isole les pieds, on remplace ce qui est mouillé.
La tête, le cou, les mains et les pieds méritent une attention immédiate. Une grande partie des pertes se fait par les zones très vascularisées ou mal protégées. Un bonnet sec, une cagoule, un tour de cou, des gants de secours et des chaussettes sèches peuvent valoir autant qu’une grosse veste. Les alpinistes expérimentés gardent souvent ces pièces dans un sac étanche. Ce n’est pas du confort, c’est de la sécurité. Des conseils proches existent pour le ski de randonnée, notamment dans les méthodes pour garder les pieds au chaud en montagne, car le principe reste le même : éviter l’humidité, préserver la circulation, anticiper avant d’avoir froid.
Si les vêtements sont mouillés, il faut les retirer lorsque cela peut se faire sans exposer davantage la victime. Dans une tempête, déshabiller entièrement quelqu’un au vent peut aggraver la situation. Il vaut mieux créer d’abord une protection avec une veste, un sursac, un tarp, une couverture de survie ou un duvet, puis changer les couches au fur et à mesure. La règle pratique est simple : on ne découvre jamais longtemps une personne refroidie. On travaille par petites étapes, en gardant toujours une barrière contre l’air froid.
La couverture de survie est utile, mais elle n’est pas magique. Elle limite le rayonnement et coupe partiellement le vent, surtout si elle est bien fermée autour du corps. Elle fonctionne mieux avec une couche chaude en dessous, comme une doudoune ou un duvet. Posée seule sur des vêtements trempés, elle ne crée pas beaucoup de chaleur. Il faut donc l’utiliser comme un élément d’un système : isolation du sol, couche sèche, protection du vent, couverture réfléchissante, puis maintien de la surveillance.
Organiser un abri efficace, même sommaire, transforme une attente subie en prise en charge active. C’est souvent là que la cordée reprend le contrôle.
En montagne, appeler les secours ne signifie pas que l’aide arrivera dans cinq minutes. Le brouillard peut empêcher l’hélicoptère de décoller. Le vent peut rendre un treuillage impossible. Une face nord ou un vallon encaissé peut couper les communications. La nuit peut imposer une évacuation terrestre longue. C’est pourquoi l’alerte doit être lancée tôt, avec des informations précises, pendant que les autres membres du groupe protègent la victime.
La personne qui appelle doit se mettre en sécurité, respirer, puis transmettre les éléments utiles : localisation exacte, altitude, accès possible, nombre de victimes, état de conscience, respiration, exposition au froid, météo locale, matériel disponible. Les coordonnées GPS du téléphone, de la montre ou de l’application cartographique sont précieuses. Hors réseau, un téléphone satellite, une balise de détresse ou un dispositif de messagerie peuvent faire la différence. Pour les courses isolées, savoir utiliser un téléphone satellite en haute montagne n’est pas un luxe, surtout lorsque l’itinéraire traverse des zones sans couverture mobile.
Avant de passer l’appel, il faut éviter un piège : déplacer la victime sans nécessité. Si l’emplacement est exposé aux chutes de pierres, à une avalanche secondaire, à une corniche ou à une crevasse, il faut la mettre hors danger avec prudence. Mais si le lieu est stable, on limite les manipulations. Une victime en hypothermie avancée peut avoir un cœur irritable. Les mouvements brusques, les efforts imposés ou les changements de position rapides peuvent aggraver son état. C’est ici que le mouvement réduit devient un vrai geste de secours.
Une cordée efficace répartit les tâches. Une personne reste auprès de la victime, lui parle, l’observe et la rassure. Une autre prépare l’isolation : sac, corde, vêtements secs, couverture. Une troisième, si elle existe, gère l’alerte et la sécurité du terrain. Dans une cordée de deux, il faut faire simple : sécuriser l’emplacement, isoler, appeler, surveiller. Vouloir tout faire en même temps mène à l’erreur. Le stress rétrécit l’attention ; une méthode claire l’élargit.
La sécurité globale reste prioritaire. Si l’accident se déroule en terrain avalancheux, il faut réfléchir vite : rester sur place est-il plus dangereux que descendre ? La réponse dépend de la pente, de la météo, de l’heure, de l’état de la victime et du niveau du groupe. La préparation avant la sortie compte énormément. Savoir évaluer les risques d’avalanches avant une course hivernale permet souvent d’éviter de devoir prendre ce genre de décision sous pression.
Dans certaines situations, un compagnon refroidi est aussi blessé : entorse, fracture, traumatisme, chute en crevasse. Le froid aggrave alors tout. La douleur favorise l’épuisement, l’immobilité accélère le refroidissement, et l’attente devient plus difficile. Les gestes généraux de protection doivent donc s’intégrer aux premiers secours classiques. Les repères disponibles dans les gestes de premiers secours adaptés aux accidents en montagne complètent cette approche : protéger, alerter, secourir, sans se mettre soi-même en danger.
Les fiches pratiques de premiers secours diffusées par des professionnels de l’urgence en montagne ont justement été conçues pour ces moments. Elles tiennent en quelques pages, se consultent hors ligne et rappellent les conduites à tenir face à une victime inconsciente, une hémorragie, une obstruction des voies aériennes, des gelures ou une hypothermie. Elles ne remplacent pas une formation auprès de la Croix-Rouge, des pompiers ou d’un organisme spécialisé, mais elles fournissent un repère fiable quand le cerveau travaille moins bien à cause du froid et de la peur.
Une alerte bien posée et une cordée organisée ne garantissent pas une évacuation rapide, mais elles donnent à la victime les meilleures chances d’attendre.

Le réchauffement d’une personne en hypothermie légère repose d’abord sur le bon sens, mais un bon sens précis. Si la victime est consciente, cohérente, capable d’avaler et qu’elle frissonne encore, on peut l’aider à produire et conserver de la chaleur. Le but est de créer une bulle thermique autour d’elle. Cette bulle combine vêtements secs, isolation du sol, protection du vent, apport énergétique et présence rassurante. La chaleur ne revient pas en trente secondes ; elle se reconstruit progressivement.
Commencez par remplacer les couches humides. Une première couche trempée par la sueur devient un piège dès l’arrêt. En montée, elle semblait supportable. Au relais, sous le vent, elle aspire la chaleur. Si les conditions le permettent, retirez le textile mouillé et mettez une couche sèche. Ajoutez une doudoune, un surpantalon, un bonnet, des gants, des chaussettes sèches. Fermez les zips, bloquez les ouvertures au cou et aux poignets. Une petite entrée d’air répétée à chaque rafale suffit à maintenir le refroidissement.
La couverture de survie se place idéalement autour de cet ensemble, pas directement contre une peau ou un vêtement mouillé si on peut l’éviter. Elle doit être enveloppante. Un simple drap métallique posé sur les épaules laisse passer l’air par dessous. Il vaut mieux former un cocon, avec les bords rabattus sous la personne ou maintenus par un sac. Si vous avez un duvet, installez la victime dedans après avoir isolé le sol. Dans un bivouac improvisé, deux personnes peuvent aussi partager de la chaleur corporelle, mais seulement si cela ne met pas le sauveteur en difficulté.
Une victime consciente peut recevoir une boisson chaude sucrée, par petites gorgées. L’objectif n’est pas de “chauffer le corps” avec le liquide, mais d’apporter du confort, de l’énergie et de soutenir l’organisme. Le frisson consomme du carburant. Les sucres rapides, une pâte de fruit, un gel, du chocolat ou une soupe peuvent aider. L’hydratation reste importante même par grand froid, car l’air froid est souvent sec et la respiration entraîne des pertes d’eau. Un corps déshydraté régule moins bien sa température.
Évitez l’alcool. Il donne une sensation trompeuse de chaleur parce qu’il dilate les vaisseaux de la peau. Cette chaleur ressentie correspond en réalité à une perte accélérée vers l’extérieur. L’alcool diminue aussi la vigilance et perturbe la régulation thermique. C’est l’un des mythes les plus tenaces en montagne : “un petit coup pour se réchauffer”. En situation froide, c’est une mauvaise idée. Il faut privilégier chaud, sucré, non alcoolisé, et seulement si la personne avale normalement.
Faut-il frictionner ? En secours moderne, les massages vigoureux sont à éviter, surtout dès que l’état paraît sérieux. Sur une hypothermie légère, on peut aider à sécher doucement, réchauffer des mains avec des gants secs, encourager une mobilisation prudente si la personne est stable et encore lucide. Mais on ne frotte pas brutalement une victime très refroidie. Si les frissons ont disparu, si elle divague ou somnole, la règle devient stricte : pas de friction, pas d’effort imposé, pas de marche “pour la réchauffer”. Plus de frissons signifie danger accru.
Le mouvement peut aider au tout début, quand la personne est simplement refroidie mais encore capable de marcher normalement. Par exemple, écourter une pause, remettre une veste et repartir tranquillement peut suffire. Mais dès que les gestes deviennent maladroits ou que la pensée se trouble, continuer l’ascension est une erreur. J’ai vu une cordée insister vers un sommet “à vingt minutes” alors qu’un membre tremblait sans contrôler ses doigts. Ils ont perdu une heure à monter et descendre lentement, au lieu de s’abriter tout de suite. En montagne, renoncer tôt est souvent le geste le plus technique.
Il faut aussi surveiller la peau exposée. Le froid intense et le vent peuvent provoquer des gelures, notamment au nez, aux joues, aux doigts et aux orteils. Une peau blanche, cireuse, dure ou insensible doit être protégée immédiatement. Ne réchauffez pas une zone gelée si elle risque de regeler ensuite, car les dommages seraient aggravés. Là encore, la priorité est l’abri, la protection et l’évacuation vers une prise en charge adaptée.
Un bon réchauffement en montagne n’est pas spectaculaire : il est patient, doux, continu et organisé.
Quand une victime ne frissonne plus, parle de manière incohérente, s’endort, ne répond presque plus ou respire lentement, la situation change de niveau. On ne cherche plus à la faire marcher pour “relancer la machine”. On ne la secoue pas. On ne la frictionne pas. On ne lui donne rien à boire si sa conscience est altérée. L’objectif devient la protection maximale et la surveillance vitale jusqu’à l’arrivée des secours. C’est une phase exigeante, car elle demande de rester calme alors que l’état peut impressionner.
Le cœur d’une personne en hypothermie sévère peut devenir très sensible aux mouvements. Une manipulation brutale peut favoriser des troubles du rythme. C’est pourquoi les équipes de secours parlent souvent de mobilisation douce, horizontale si possible, avec maintien de l’axe du corps. En cordée amateur, retenez une image simple : traitez la victime comme un objet fragile et précieux. Chaque déplacement doit avoir une raison. Si l’endroit est sûr, mieux vaut renforcer l’abri plutôt que transporter la personne au hasard.
La respiration peut être lente, discrète, difficile à percevoir. Il faut prendre le temps d’observer. Regardez le thorax, écoutez près de la bouche, sentez l’air expiré si les conditions le permettent. En cas d’inconscience, la libération des voies aériennes et la position adaptée relèvent des gestes de premiers secours appris en formation. Si la respiration est absente ou anormale, les consignes du service d’urgence guident la conduite à tenir. En montagne froide, la décision peut être complexe, d’où l’importance d’un contact rapide avec les professionnels.
La surveillance doit être régulière. Notez mentalement ou sur le téléphone l’heure des changements : frissons présents ou absents, réponses cohérentes ou non, respiration, couleur de la peau, plaintes, douleur, envie de dormir. Ces informations intéressent les secouristes. Elles permettent de comprendre l’évolution. Dire “elle allait bien puis elle s’est endormie vers 14 h 20” vaut mieux que “ça s’est dégradé”. La précision aide la prise de décision médicale.
Parlez à la victime si elle est consciente. Des phrases simples suffisent : “Reste avec moi”, “Respire calmement”, “Les secours sont prévenus”, “On te protège du vent”. La parole rassure, mais elle sert aussi d’outil d’évaluation. Une réponse claire indique une conscience préservée. Une réponse lente, incohérente ou absente montre une aggravation. Ne posez pas des questions compliquées. Demandez son prénom, le lieu, ce qu’elle ressent, si elle a mal, si elle peut bouger les doigts.
Le groupe doit aussi se protéger. Une deuxième hypothermie complique tout. Les sauveteurs improvisés doivent mettre leurs couches chaudes, manger, boire, se relayer si possible. Un compagnon qui reste agenouillé dans la neige pendant trente minutes, gants mouillés, deviendra lui-même vulnérable. Cette réalité est dure à accepter, mais elle est fondamentale : on aide mieux quand on reste opérationnel. La solidarité en montagne n’est pas le sacrifice désordonné ; c’est l’efficacité durable.
Le matériel de sécurité joue alors un rôle concret. Une pelle peut creuser un muret pare-vent. Une corde peut fixer une couverture. Des skis peuvent former une structure basse. Un casque protège lors d’une attente sous une paroi ou pendant une évacuation. Pour les courses engagées, le choix d’un équipement adapté, y compris la protection de la tête, s’inscrit dans la même logique que l’usage d’un casque homologué pour les activités alpines : réduire les conséquences quand l’imprévu arrive.
Si la météo se dégrade, il faut actualiser l’information transmise aux secours. Vent plus fort, brouillard, chute de neige, visibilité nulle, risque d’avalanche : tout cela change les options d’intervention. Un groupe qui sait lire les signes météo et adapter son plan gagne en sécurité. Les changements rapides sont fréquents en altitude ; les anticiper évite d’ajouter une crise à la crise. Une attente de vingt minutes peut devenir deux heures si un hélicoptère doit renoncer.
Face à une hypothermie sévère, la meilleure qualité d’un compagnon n’est pas la force physique. C’est la douceur méthodique.

Aider un compagnon déjà refroidi est essentiel. Mais la meilleure stratégie reste d’éviter d’en arriver là. En alpinisme, la prévention commence avant le départ. Elle passe par le choix de l’itinéraire, l’analyse météo, le niveau du groupe, l’horaire, le matériel et la capacité à renoncer. Le froid ne pardonne pas les retards accumulés : une approche plus longue que prévu, une cordée devant vous dans la voie, un rappel coincé, une erreur d’itinéraire, et la marge thermique disparaît.
La température baisse en moyenne avec l’altitude, souvent autour de 1 °C tous les 150 mètres selon les situations atmosphériques. Ce chiffre varie, mais il rappelle une réalité : le départ en vallée ne dit pas tout. Une course commencée au soleil peut finir dans un vent glacial sur l’arête. Le sac doit contenir de quoi attendre. Une doudoune compacte, une paire de gants de rechange, un bonnet, un tour de cou, une couverture de survie solide, un briquet, un moyen de communication fiable et une boisson chaude changent la donne.
Le système vestimentaire doit gérer deux moments opposés : l’effort et l’arrêt. En montée, on transpire. À l’arrêt, cette humidité refroidit. Il faut donc ouvrir, fermer, enlever, remettre, avant d’être trempé. Beaucoup de débutants gardent une veste trop chaude pendant l’approche, puis se retrouvent mouillés au relais. Les alpinistes expérimentés jouent avec les couches : base respirante, couche thermique, protection coupe-vent, renfort chaud pour les pauses. Ce n’est pas une question de marque, mais de gestion de l’humidité.
La prévention est aussi mentale. Oser dire “on s’arrête pour mettre les doudounes” ou “on redescend maintenant” demande parfois plus de courage que de continuer. Dans une cordée, chacun doit pouvoir signaler qu’il a froid sans être jugé. Les phrases comme “ça ira” ou “on verra plus haut” coûtent cher. Le froid altère le jugement ; attendre d’être confus pour décider, c’est décider trop tard. Une bonne cordée parle avant que les problèmes deviennent visibles.
La gestion du stress compte également. Quand un compagnon tremble, que le vent monte et que le téléphone capte mal, le cerveau cherche des raccourcis. Il peut pousser à agir trop vite, à déplacer inutilement, à oublier l’alerte ou à négliger sa propre protection. Apprendre à respirer, répartir les rôles et suivre une séquence simple aide énormément. Les ressources sur la gestion du stress en haute montagne sont utiles, car le sang-froid est une compétence qui se travaille comme les conversions en crampons.
Les mémos de secours téléchargeables ont leur place dans cette préparation. Les garder sur son téléphone, accessibles hors ligne, permet de vérifier une conduite à tenir sans dépendre du réseau. Leur intérêt est d’aller droit au but : analyser la situation, protéger, alerter, agir. Ils sont issus d’un travail collectif entre médecins, secouristes, formateurs et acteurs de la prévention. Mais ils doivent rester un appui, pas une formation complète. Suivre un PSC1, une formation montagne ou un module spécifique au secours en milieu isolé donne des automatismes beaucoup plus solides.
Enfin, la prévention passe par l’observation mutuelle. En alpinisme, on ne surveille pas seulement son nœud ou son assurage. On regarde la façon dont le compagnon marche, parle, manipule le matériel. Une main qui n’arrive plus à visser une broche, une personne qui oublie de manger, un regard vide au relais : ces signaux valent une alarme. L’hypothermie est rarement silencieuse pour qui sait regarder. La cordée devient alors un système de sécurité vivant, où chacun protège l’autre avant l’accident.
Le froid gagne quand le groupe tarde à changer de plan. Il recule quand la cordée anticipe, communique et agit avant la limite.
Les situations réelles ne rentrent jamais parfaitement dans une fiche. Pourtant, quelques réponses simples permettent d’éviter les erreurs les plus graves. En cas de doute, il faut toujours privilégier la protection, l’alerte précoce et la manipulation douce. La montagne impose de composer avec le terrain, mais les principes restent stables : limiter les pertes de chaleur, surveiller l’état vital et attendre les professionnels sans aggraver la situation.
Seulement si elle est simplement refroidie, lucide, stable et capable de se déplacer normalement. Si elle est confuse, somnolente, très maladroite ou ne frissonne plus, il faut réduire les mouvements, l’isoler du froid et appeler les secours.
Oui, si elle est consciente, cohérente et avale sans difficulté. Une boisson chaude sucrée aide au confort, à l’énergie et à l’hydratation. Il ne faut rien donner à boire à une personne confuse, somnolente ou inconsciente.
Non. Elle limite certaines pertes de chaleur, surtout par rayonnement et vent, mais elle doit être associée à une couche isolante sous la victime, des vêtements secs, un bonnet, des gants et une protection contre l’humidité.
Dès que les frissons sont continus, que la personne devient maladroite, confuse, épuisée, somnolente ou que la progression n’est plus sûre. L’appel doit être précoce, car les secours peuvent être retardés par la météo, le relief ou l’absence d’accès direct.
Parce qu’en hypothermie avancée, le cœur peut être fragile et les mouvements brusques peuvent aggraver l’état. Si les frissons ont disparu ou si la personne divague, il faut manipuler doucement, limiter les déplacements et renforcer l’isolation thermique.